Un cichlidé nain vivant dans une coquille

Neolamprologus multifasciatus est un cichlidé nain endémique du lac Tanganyika. J’insiste sur le nanisme de l’espèce, puisqu’avec ses 3 cm de long en moyenne il s’agit d’un des plus petits cichlidés au monde, si ce n’est le plus petit ! En même temps il faut ce qu’il faut vu son habitat particulier…

La particularité de son habitat ? Il s’agit d’une espèce conchylicole (prononcer « conKilicole ») ! Kézaco que ce mot barbare encore… On dit d’un organisme qu’il est conchylicole lorsqu’il utilise des coquilles vides de mollusques pour s’abriter (rappelez-vous le célèbre bernard-l’hermite) ou encore se reproduire. Pour les puristes, il est même plus exact d’employer le terme « cochliocole« , qui désigne plus précisément l’utilisation de coquilles de gastéropodes. Bref ! Quoiqu’il en soit, c’est bien le cas ici puisque cette petite espèce de cichlidé vit exclusivement dans les lits de coquilles appartenant au genre Neothauma, coquilles qui peuvent s’accumuler par milliers sur le fond dans certaines zones du lac.

Bon et comment ça fonctionne la vie chez ces drôles de poissons ? Premièrement, ils ont beau vivre en grandes colonies avec des comportements sociaux complexes, chaque individu est propriétaire de sa propre coquille qu’il défendra envers et contre tout ! Lorsqu’il trouve un coquillage plaisant (et il est sélectif !), le petit cichlidé va creuser autour pour le dégager ou l’enterrer et orienter l’ouverture de la façon qui lui plaira. Une fois confortablement installé, il entretiendra sa coquille, son territoire, quotidiennement et ne s’en éloignera jamais vraiment. Et pour se nourrir me direz vous ? Même dans ce cas, il va se contenter de capturer le plancton qui dérive lentement au-dessus de la colonie, ou les petits invertébrés passant à proximité de son antre.

Sans surprise donc, la reproduction a aussi lieu à l’abri dans une coquille… La femelle attire le mâle vers son coquillage où elle pond discrètement ses œufs afin que celui-ci puisse les féconder. Protégés par le mâle avant leur éclosion, les alevins finissent par quitter leur abri pour nager au milieu du champ de coquilles et voir si d’autres sont disponibles. Les couples formés semblent stables et les partenaires emménagent généralement dans des coquilles voisines.

En parlant des deux tourtereaux, il n’est d’ailleurs pas toujours évident de distinguer le mâle de la femelle… En effet, il s’agit d’une espèce monomorphique, c’est à dire qu’il n’y a pas vraiment de dimorphisme sexuel visible. Toutefois, un œil averti peut faire la différence chez des individus adultes… Un mâle (dominant) est plus gros (3 à 5 cm) et plus robuste/trapu que la femelle (qui ne mesure que 2,5 cm max). Mais l’indice le plus évident est comportemental : tandis que les femelles restent près du fond à proximité directe de leur coquille, le mâle dominant va patrouiller au-dessus de tout son territoire qui comprend les coquilles de chacune des femelles de son harem.

Attention à ne pas le confondre avec le Neolamprologus similis, ils sont très similaires mais ce dernier possède des yeux plus gros et deux bandes claires sur la tête.

Sur les photos ci-dessous, vous pouvez voir un mâle dominant en premier, puis une femelle (à moins qu’il ne s’agisse d’un jeune mâle dominé…), et enfin des alevins en vadrouille. Sur la dernière photo, une femelle bien cachée dans sa coquille. Ces clichés ont été pris en aquarium, il s’agit donc de coquilles d’escargots de Bourgogne, et non de Neothauma

  • BOSE, Aneesh PH, WINDORFER, Johannes, BÖHM, Alex, et al. Structural manipulations of a shelter resource reveal underlying preference functions in a shell-dwelling cichlid fish. Proceedings of the Royal Society B, 2020, vol. 287, no 1927, p. 20200127.
  • BURNEL, Philippe, [sans date]. Les Cichlidés du lac Tanganyika – Les Lamprologiens. [en ligne]. [Consulté le 22 novembre 2022]. Disponible à l’adresse : http://philippe-burnel.fr/lampro.htm
  • BURNEL, Philippe, 2003. Quel nom pour les habitants des coquilles ? [en ligne]. 2003. [Consulté le 22 novembre 2022]. Disponible à l’adresse : http://philippe-burnel.fr/conchylicole.htm
  • DUBOIS, Yann, 2022. Neolamprologus similis. CICHLID [en ligne]. 2022. [Consulté le 22 novembre 2022]. Disponible à l’adresse : https://sites.google.com/site/cichlidemalawi/divers-cichlid%C3%A9s-et-autres-poissons/n-similis
  • SCHRADIN, Carsten et LAMPRECHT, Jürg. Causes of female emigration in the group‐living cichlid fish Neolamprologus multifasciatusEthology, 2002, vol. 108, no 3, p. 237-248.
  • SCHRADIN, Carsten et LAMPRECHT, Jürg. Female-biased immigration and male peace-keeping in groups of the shell-dwelling cichlid fish Neolamprologus multifasciatusBehavioral Ecology and Sociobiology, 2000, vol. 48, no 3, p. 236-242.
  • Neolamprologus multifasciatus (Boulenger, 1906), [sans date]. FishBase [en ligne]. [Consulté le 22 novembre 2022]. Disponible à l’adresse : https://www.fishbase.se/summary/8744

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