Pour bien comprendre cette réflexion, rappelons succinctement ce qu’est le parasitisme. Un parasite est un organisme qui tire profit d’un autre organisme (dit « hôte« ) pour se nourrir, s’abriter, et/ou se reproduire. Il peut être spécifique à une espèce ou en parasiter plusieurs. La principale distinction avec la prédation c’est la différence de taille énorme entre les deux organismes : si le prédateur est à une échelle similaire avec sa proie, le parasite lui est beaucoup, beaucoup plus petit que son hôte !
Des études ont essayé de quantifier le nombre de parasites associés aux différentes espèces d’animaux « libres » (par opposition aux parasites)… Et les résultats sont impressionnants, avec parfois jusqu’à une dizaine d’espèces de parasites qui vivent au dépend d’une seule espèce libre ! Autre information importante, à notre connaissance toutes les espèces libres posséderaient leur lot de parasites associés.
Que faire avec ces informations ? Eh bien je vous propose un petit calcul.
Les scientifiques s’accordent à dire qu’on a actuellement décrit 2 millions d’espèces sur Terre. Il y a sûrement des parasites là dedans, mais pour simplifier notre raisonnement on va imaginer que ce ne sont que des organismes libres. Si chacune d’entre elles possède une espèce de parasite associé, on obtient un total de 4 millions d’espèces (le double évidemment) ! Mais rappelez-vous que ce n’est pas réaliste car une espèce libre est parasité par plusieurs espèces des parasites. Imaginons donc un autre raisonnement simpliste ou chaque espèce libre serait parasité par seulement 2 espèces (sachant que c’est souvent plus)… Ce qui nous donne… deux fois plus de parasites que d’organismes libre sur Terre !!! Vous me suivez ? Là où je veux en venir c’est que d’un point de vu extérieur, nous (les organismes libres), sommes de simples détails de la biodiversité et la majorité de la vie sur Terre est composée de… Parasites !!! La vie libre comme nous la connaissons figure donc d’exception face à un parasitisme banalisé.
Bien sûr mes chiffres sont approximatifs mais il reflètent sûrement une réalité sous-jacente. Sachant que la parasitologie reste un domaine relativement peu étudié à l’échelle du vivant et que beaucoup de choses restent à découvrir. D’ailleurs le nombre d’organismes vivants est évalué entre 10 et 100 millions… Avec ou sans les parasites à votre avis ?
En illustration ici, une Trochosa terricola femelle trouvée dans sa loge sous une pierre où elle était accompagnée d’un mâle. Les deux individus étaient parasités (probablement par une guêpe parasitoïde), un œuf était fixé sur le côté antérieur gauche de l’opisthosome de chaque individu. Observation effectuée dans la réserve naturelle régionale des anciennes carrières d’Orival (Normandie) en septembre 2021.

- cours de parasitologie au MNHN par le Dr Jean-Lou JUSTINE
- Amira Chaabane et Jean-Lou Justine, « À la découverte des parasites des mérous », The Conversation, 16 juin 2020
- CANARD, Alain et ROLLARD, Christine, 2015. À la découverte des Araignées. Dunod. ISBN 2-10-072524-6.
- HD Crofton, « A quantitative approach to parasitism » Parasitology 1971;62
