Le ver de Roscoff (Symsagittifera roscoffensis) est un organisme qui, malgré son nom, n’a aucun lien avec les Annélides puisqu’il appartient à l’embranchement méconnu des Acoelomorphes. Cette bestiole bizarre n’a ni tube digestif, ni système circulatoire, ni système respiratoire, ni de système nerveux vraiment centralisé… Il ne possède que deux organes sensoriels : un statocyste (la petite « bulle » au milieu de la tête, cf photo 2) qui lui permet de s’orienter dans l’espace, et deux petits photorécepteurs qui lui permettent de se diriger vers la lumière. Mais alors comment fait-il pour vivre avec si peu ?!

Spoiler : symbiose ! Les tâches vertes que vous voyez un peu partout dans son corps correspondent à des algues unicellulaires répondant au doux nom de Tetraselmis convolutae. Le vers de Roscoff les héberge dans son corps et en profite pour récupérer tous les produits de la photosynthèse, ce qui lui évite la peine de se nourrir ou respirer… Même si en réalité l’histoire n’est pas toute rose pour les algues, qui se font avaler tout rond par le vers juvénile. En effet, celui-ci ne naît pas avec ses acolytes et il doit les capturer dans l’environnement. C’est d’ailleurs le seul moment où il utilise sa bouche, qui disparaît ensuite au stade adulte.
En ce qui concerne sa reproduction, rien de bien compliqué pour lui puisque la bestiole est hermaphrodite ! Il lui suffit simplement de trouver un autre vers de Roscoff et le tour est joué. Encore plus simple, il peut aussi se diviser en deux si il ne trouve pas pointure à son pied.
Bon, et on le trouve où ce gaillard ? Il n’est pas facile à repérer avec ses 2 à 5 mm de long, mais heureusement il a l’habitude de retrouver ses potes en formant des colonies jusqu’à plusieurs millions d’individus ! Il est bien sûr présent à Roscoff, mais aussi sur l’ensemble du littoral Atlantique où il affectionne tout particulièrement les écoulements d’eau en haut des estrans sableux.
- E. Douglas, « Establishment of the symbiosis in Convoluta roscoffensis », Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, vol. 63, no 2, mai 1983, p. 419–434
- J. E. Boyle and D. C., « Smith Biochemical Interactions between the Symbionts of Convoluta roscoffensis », Proceedings of the Royal Society of London B: Biological Sciences, vol. 189, no 1094, apr. 1975, p 121–135
- Joao Serodio, Raquel Silva, Joao Ezequiel and Ricardo Calado, « Photobiology of the symbiotic acoel flatworm Symsagittifera roscoffensis : algal symbiont photoacclimation and host photobehaviour », Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 2011
- Lowe C.D. et al, « Shining a Light on Exploitative Host Control in a Photosynthetic Endosymbiosis », Current Biology, 2016, vol 26. 207-211
- Philippe, H., « Acoelomorph flatworms are deuterostomes related to Xenoturbella. », Nature, 2011, p. Vol 470. p 255–258
- Simon G. Sprecher, F. Javier Bernardo-Garcia, Lena van Giesen, Volker Hartenstein, Heinrich Reichert, Ricardo Neves, Xavier Bailly, Pedro Martinez, Michael Brauchle, « Functional brain regeneration in the acoel worm Symsagittifera roscoffensis », Biology Open 2015, 18 novembre 2015
- X. Bailly et al., « The chimerical and multifaceted marine acoel Symsagittifera roscoffensis: from photosymbiosis to brain regeneration », Front. Microbiol., vol. 5, octobre 2014, p. 498
- cours de phylogénie des Métazoaires au MNHN par le Dr Michaël MANUEL



