Qu’est-ce qui fait d’un animal… un animal ? Le cas du placozoaire.

L’organisme bizarre que vous voyez ici au microscope ne possède ni organe, ni muscle, ni système nerveux, ni tube digestif, ni cellule sensorielle, ni aucune forme de symétrie… En fin de compte il n’a pas grand-chose puisqu’il est juste constitué de 2 couches de cellules, un peu différenciées… mais pas trop. Pourtant, pour la communauté scientifique, il ne fait aucun doute que cet organisme, appelé Placozoaire, est bien un animal (autrement dit un Métazoaire, c’est synonyme mais c’est plus classe). Alors, comme définir un animal ?

Pour ça il faut regarder quels sont les caractères qui leurs sont propres et qu’ils partagent (normalement ) tous. Dans le jargon scientifique on appelle ça des synapomorphies. Les plus couramment citées (mais pas toutes vraies) pour les Métazoaires sont les suivantes :

❌ Posséder un système nerveux, des cellules musculaires et un tube digestif :
Sauf que non, ce sont des synapomorphies des Eumétazoaires et pas des Métazoaires, sinon les éponges ne seraient pas des animaux (et elles le sont bien !).

❌ La pluricellularité :
C’est-à-dire posséder plusieurs cellules. Elle est apparue de nombreuse fois par convergence, mais le vrai problème c’est que des organismes proches des animaux le sont aussi, ce qui indiquerait que la pluricellularité a été acquise progressivement avant l’apparition des premiers métazoaires. Conclusion : ça ne marche pas !

❓ Posséder une larve mobile ciliée :
Problème, aucun argument solide ne soutient que les différents types de larves au sein des animaux soient homologues. Donc bof bof quoi.

❓ Posséder du collagène :
Longtemps considérée comme une synapomorphie des Métazoaires, cette protéine serait finalement aussi présente chez d’autres organismes antérieurs aux animaux… Affaire à suivre !

✅ Posséder un épithélium :
Oui ! En gros ça signifie que les tissus sont formés de cellules agencées et orientées de manière précise, ce qui implique aussi d’avoir des jonctions entre ces cellules.

✅ L’anisogamie :
Oui ! C’est-à-dire que les différents types de gamètes (les cellules sexuelles) sont très différenciés (voyez la différence notable entre un spermatozoïde et un ovule), c’est aussi le cas chez d’autres organismes mais seulement par convergence donc ça passe.

✅ Des caractères génétiques :
De trèèès nombreux mécanismes de régulation de l’expression des gènes et de caractères moléculaires ( = génétiques) sont propres aux Métazoaires.

Pour en revenir à notre Placozoaire, vous avez du constater qu’il ne coche pas beaucoup de cases… Son secret ? Il possède déjà un très grand nombre de gènes et de mécanismes de régulation liés aux différents types cellulaires ou tissus propres aux animaux… En gros, l’absence de tous les organes cités plus haut ne seraient dû qu’à des pertes secondaires résultant d’une simplification extrême… En tout cas il reste beaucoup à découvrir sur ces bêtes là, notamment concernant leur position au sein des Métazoaires qui n’est toujours pas claire (voir complètement énigmatique).

  • ARENDT, Detlev. The evolutionary assembly of neuronal machinery. Current Biology, 2020, vol. 30, no 10, p. R603-R616.
  • BEKKOUCHE, Nicolas, 2014. Les surprises de l’insignifiant placozoaire. Les poissons n’existent pas [en ligne]. 2 octobre 2014. [Consulté le 10 décembre 2021]. Disponible à l’adresse : http://fish-dont-exist.blogspot.com/2014/10/les-surprises-de-linsignifiant.html
  • BEKKOUCHE, Nicolas, 2019. Les ramifications des nouvelles découvertes sur l’insignifiant placozoaire. Les poissons n’existent pas [en ligne]. 8 avril 2019. [Consulté le 10 décembre 2021]. Disponible à l’adresse : http://fish-dont-exist.blogspot.com/2019/04/les-ramifications-des-nouvelles.html
  • DUBUC, Timothy Q., RYAN, Joseph F., et MARTINDALE, Mark Q. “Dorsal–ventral” genes are part of an ancient axial patterning system: evidence from Trichoplax adhaerens (Placozoa). Molecular biology and evolution, 2019, vol. 36, no 5, p. 966-973.
  • LECOINTRE, Guillaume et LE GUYADER, Hervé. Classification phylogénétique du vivant: tome 2. Belin, 2017.
  • NIKLAS, Karl J. et NEWMAN, Stuart A. The origins of multicellular organisms. Evolution & development, 2013, vol. 15, no 1, p. 41-52.
  • ROS-ROCHER, Núria, PÉREZ-POSADA, Alberto, LEGER, Michelle M., et al. The origin of animals: an ancestral reconstruction of the unicellular-to-multicellular transition. Open Biology, 2021, vol. 11, no 2, p. 200359.
  • SEBE-PEDROS, Arnau, DEGNAN, Bernard M., et RUIZ-TRILLO, Inaki. The origin of Metazoa: a unicellular perspective. Nature Reviews Genetics, 2017, vol. 18, no 8, p. 498-512.
  • VERNALE, Amélie, PRÜNSTER, Maria Mandela, MARCHIANÒ, Fabio, et al. Evolution of mechanisms controlling epithelial morphogenesis across animals: new insights from dissociation-reaggregation experiments in the sponge Oscarella lobularis. BMC ecology and evolution, 2021, vol. 21, no 1, p. 1-24.

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