Des plantes de l’extrême : le genre Heliamphora

Heliamphora est un genre de plantes de la même famille que les Sarracénies. Tout comme leurs cousines d’Amérique du Nord, ce sont des plantes carnivores. Toutefois, à la différence de celles-ci, les Heliamphora ne produisent pas elles-mêmes les enzymes nécessaires à la digestion des insectes qu’elles capturent (sauf H. tatei) et hébergent donc des bactéries symbiotiques qui font le taf à leur place. Et ce n’est pas leur seule particularité…

Ce sont des plantes vivaces herbacées qui poussent généralement en rosettes prostrées ne dépassant guère 5 à 50 cm, à l’exception de H. tatei (encore elle !) qui a une croissance arbustive jusqu’à 4 m de haut. Les pièges en forme d’urnes sont issus de feuilles enroulées et soudées partant d’un rhizome souterrain. Suspendu au-dessus de l’ascidie se trouve une « cuillère » rouge vive secrétant un nectar permettant d’attirer les infortunés insectes. Les malheureux qui tombent dans le piège ont peu d’espoir de remonter les parois hérissées de soies rigides orientées vers le bas, celles-ci les obligeant à se diriger vers le fond où ils seront lentement digérés…

Ces curiosités botaniques ne poussent que sur les tepuys, des hauts plateaux aux parois verticales de 1000 à plus de 3000 m d’altitude qui surplombent la jungle amazonienne entre le Venezuela, la Colombie, le Brésil et le Guyana. Ces plateaux de quartzite et de grès précambrien se sont progressivement retrouvés coupés du monde suite à des millions d’années d’érosion, ce qui a favorisé un fort taux d’endémisme et une évolution divergente des écosystèmes de chaque sommet. Par ailleurs, de nombreux tepuys n’ont pas encore été explorés et un grand nombre d’espèces attendent certainement d’être découvertes. Il n’est donc pas surprenant que ces formations géologiques uniques aient inspiré « Le Monde perdu » à un certain Sir Arthur Conan Doyle…

Mais attention, les conditions climatiques qui y règnent n’ont rien à voir avec la forêt luxuriante en contrebas ! Le sommet noyé dans la brume est perpétuellement balayé par des vents violents et noyé sous des averses diluviennes quotidiennes (+ de 10 m d’eau/an !), lessivant le peu de sol existant. Seules les cuvettes creusées dans la roche permettent de retenir un sol marécageux, pauvre et acide. Lors des rares moments où la nébulosité se dissipe un peu, l’intensité lumineuse y est alors particulièrement violente sous l’effet combiné de l’altitude et de la proximité à l’équateur. Pour ces mêmes raisons, l’amplitude thermique journalière y est aussi très importante avec des températures atteignant 26°C le jour et retombant à moins de 5°C la nuit (parfois jusqu’au gel sur les plus hauts tepuys), et ce en quelques heures seulement.

Ici en photo, Heliamphora heterodoxa x nutans est un hybride très tolérant, idéal pour débuter dans la culture des Heliamphora, pourtant réputées particulièrement délicates.

  • LAVAYSSIÈRE, Serge, 1995. Le genre Heliamphora. [en ligne]. 1995. [Consulté le 5 février 2022]. Disponible à l’adresse : http://encyclo.free.fr/pages/heliamph.htm#Culture
  • McPherson, S., A. Wistuba, A. Fleischmann & J. Nerz 2011. Sarraceniaceae of South America. Redfern Natural History Productions, Poole.
  • ISBN 0-88192-356-7 Carnivorous Plants of the World a. Pietropaolo p. 72
  • Jaffe, K., Michelangeli, F., Gonzalez, J.M., Miras, B., and Ruiz, M.C. (1992). Carnivory in Pitcher Plants of the Genus Heliamphora (Sarraceniaceae). New Phytologist, 122(4): 733-744. (First page available online: JSTOR PDF of first page and HTML text of abstract
  • Paul Berry, « Insights into the diversity of the Pantepui flora and the biogeographic complexity of the Guayana Shield », Biologiske Skrifter, vol. 55,‎ 2005, p. 145-167

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