Brookesia est un genre de caméléons endémique de Madagascar. Moins célèbres que leurs cousins arboricoles, ils regroupent tout de même une trentaine d’espèces et n’en sont pas moins surprenants… Ces étranges caméléons appartiennent à un groupe basal qui a divergé des autres caméléonidés il y a environ 65 millions d’années (± 10 Ma) et ont ainsi droit à leur propre sous-famille (avec le genre Palleon) : les Brookesiinae.
Communément appelés « caméléons nains » ou « caméléons feuilles », ces termes sont toutefois ambigus puisque, premièrement, presque tous les caméléons sont petits (la majorité mesure moins de 15 cm) et, deuxièmement, d’autres genres terrestres imitent des feuilles mortes tels que Rieppeleon et Rhampholeon. Ainsi, si vous me le permettez, nous parlerons ici de « brookésies ».
En dépit de leur imprécision, ces appellations populaires ont tout de même l’avantage de refléter la principale caractéristique du groupe : leur taille ! En effet, les brookésies sont connus pour être petits… voire très très petits ! Brookesia nana, décrite en 2021, ne mesure que 2 à 3 cm de long (queue comprise) ce qui en fait le plus petit aminote au monde (amniote = tous les vertébrés terrestres à l’exception des amphibiens) ! Autre record, au moins une espèce (Brookesia perarmata) possède des ostéodermes. Les ostéodermes sont des plaques osseuses déconnectées du squelette et situées sous l’épiderme. Actuellement il s’agit de la seule espèce de caméléon (et même d’Iguanien ! ) à en posséder, mais leur fonction (protection, régulation thermique, source de calcium, ?…) n’est pas encore clairement déterminée.
Essentiellement terrestres, ces drôles de caméléons chassent de (très) petits invertébrés entre les feuilles mortes et les mousses où ils excellent en matière de camouflage. Ils sont bien peu colorés par rapport aux autres caméléons (vous aurez simplement droit à un beau nuancier de bruns) et leurs changements de couleurs sont nettement moins impressionnants… voire inexistants. Mais ils possèdent souvent d’étonnantes extensions osseuses épineuses sur la tête ou l’ensemble de corps qui jouent un double rôle de protection et de dissimulation (en cassant leur silhouette).
Très difficiles à étudier du fait de leur grande discrétion, combiné à un taux d’endémisme élevé (certaines espèces ne se trouvent que sur quelques hectares de forêt, souvent difficiles d’accès), la plupart n’ont été découverte qu’au cours des trois dernières décennies… et beaucoup n’ont même pas encore été décrites officiellement !
Illustrations : Brookesia brygooi, Brookesia decaryi, Brookesia stumpffi. Un grand merci à Christopher V. Anderson pour m’avoir permis de photographier ses animaux !
- GLAW, Frank, KÖHLER, Jörn, HAWLITSCHEK, Oliver, et al. Extreme miniaturization of a new amniote vertebrate and insights into the evolution of genital size in chameleons. Scientific reports, 2021, vol. 11, no 1, p. 1-14.
- GRAY, 1865 « 1864 » : Revision of the genera and species of Chamaeleonidae, with the description of some new species. Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 1864, p. 465-479
- SCHUCHT, Pia J., RÜHR, Peter T., GEIER, Benedikt, et al. Armored with skin and bone: A combined histological and μCT‐study of the exceptional integument of the Antsingy leaf chameleon Brookesia perarmata (Angel, 1933). Journal of Morphology, 2020, vol. 281, no 7, p. 754-764.
- TOLLEY, Krystal A. et HERREL, Anthony, 2013. The biology of chameleons. Berkeley : Univ of California Press. ISBN 0-520-27605-1.
- TOLLEY, Krystal A., TOWNSEND, Ted M., et VENCES, Miguel. Large-scale phylogeny of chameleons suggests African origins and Eocene diversification. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 2013, vol. 280, no 1759, p. 20130184.
- Uetz, P., Freed, P, Aguilar, R. & Hošek, J. (eds.) (2022) The Reptile Database, http://www.reptile-database.org, accessed [17/08/2022]
- Espèces Brookesia – Madcham.de,. [en ligne]. [Consulté le 17 août 2022]. Disponible à l’adresse : https://www.madcham.de/fr/category/chamaeleons-habitatsdaten/brookesia-arten/




