Tantôt craint, tantôt respecté, le caméléon est souvent considéré comme un messager des dieux par de nombreux peuples africains et malgaches. Sa capacité à regarder simultanément dans des directions opposées lui a valu qu’on lui confère le pouvoir de voir à la fois le présent, le passé et le futur. Bien que la science actuelle ne leur reconnaisse pas ces facultés, l’œil des caméléons recèle pourtant bien des pouvoirs…
Ses yeux proéminents sont protégés par la fusion des paupières, formant ainsi un cône au milieu duquel seule une petite ouverture laisse entrevoir la pupille. Grâce à un jeu complexe de fins muscles oculaires, l’œil du caméléon est incroyablement mobile, avec un champ de vision total de 342°. Son seul angle mort se situe dans son dos, sur une petite zone en arrière de la tête, où il ne voit rien. Et pour une vue, quelle vue ! Il s’agit du sens le plus aiguisé que possèdent ces animaux, à tel point que d’autres tels que l’ouïe ou le goût se sont atrophiés (un peu comme pour nous d’ailleurs). À taille comparable, la structure interne de leur œil leur permet un grossissement supérieur à celui de tous les autres vertébrés (y compris nous évidemment) et sa vitesse d’accommodation est 4 fois supérieure à la nôtre. Les caméléons ont aussi une résolution visuelle extrêmement élevée. En effet, ils possèdent une fovéa profonde et une rétine épaisse densément pourvu en photorécepteurs, avec un nombre estimé à 756 000 cônes au mm2 (à titre comparatif, nous n’en possédons « que » 200 000 au mm2 en moyenne), ce qui leur confère une acuité visuelle estimée entre celle de notre espèce et des rapaces. Enfin, il ne faut pas oublier qu’ils possèdent un type de photorécepteur de plus que nous, et qu’ils peuvent de ce fait discerner des couleurs que nous n’imaginons même pas. Avec tout ça, les caméléons ne voient peut-être pas l’avenir, mais à coup sûr ils nous repèrent bien avant que nous ne le fassions…
Point faible : l’obscurité. Ne possédant que très peu de bâtonnets (cellules photoréceptrices permettant notamment la vision des contrastes en faible luminosité), ils sont quasiment aveugles lorsque la lumière décroit.

- GATINEL, Damien, 2012. Densité spatiale des photorécepteurs rétiniens. [en ligne]. 25 novembre 2012. [Consulté le 9 septembre 2022]. Disponible à l’adresse : https://www.gatinel.com/recherche-formation/acuite-visuelle-definition/densite-spatiale-des-photorecepteurs-retiniens/
- HARKNESS, Lindesay. Chameleons use accommodation cues to judge distance. Nature, 1977, vol. 267, no 5609, p. 346-349.
- OTT, Matthias et SCHAEFFEL, Frank. A negatively powered lens in the chameleon. Nature, 1995, vol. 373, no 6516, p. 692-694.
- OTT, M., SCHAEFFEL, F., et KIRMSE, W. Binocular vision and accommodation in prey-catching chameleons. Journal of Comparative Physiology A, 1998, vol. 182, no 3, p. 319-330.
- SÁNDOR, Peter S., FRENS, Maarten A., et HENN, Volker. Chameleon eye position obeys Listing’s law. Vision research, 2001, vol. 41, no 17, p. 2245-2251.

C’est passionant!
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