Ma vision de la terrariophilie

Selon Vincent Noël, la terrariophilie consiste à « élever des animaux ectothermes […] incluant les reptiles, les amphibiens, les insectes, les arachnides, certains crustacés ou mollusques, […] maintenus en terrariums, aquariums ou enclos et bassins extérieurs en respectant leurs besoins biologiques […]« … Mais pour moi c’est plus que ça.

J’aime particulièrement recréer un biotope, un bout de paysage aussi naturel que possible comme si celui-ci avait été découpé sur place et déplacé dans mon terrarium. Les paramètres climatiques, les plantes, le sol, et les différents organismes qui y vivent en font un micro-écosystème quasi autonome (le vivarium complètement autonome et stable est un fantasme, mais il est possible de s’en approcher). Alors quel est le but de la « terrario » ? Il peut être esthétique, observer son terrarium c’est voyager dans une contrée lointaine (ou pas !)… J’y vois aussi un intérêt éthologique, ou de conservation ex-situ pour certaines espèces. D’ailleurs, la terrariophilie est de plus en plus pratiquée par les biologistes et soigneurs animaliers dans ces domaines (attention, je parle bien ici de professionnels car, à de très rares exceptions près, les terrariophiles amateurs ne participent pas à la conservation des espèces qu’ils maintiennent ! Cf cet article pour en savoir plus).

L’exercice de gestion d’un micro-écosystème en lui même est très intéressant, et loin d’être aisé. Lorsque celui-ci contient uniquement des végétaux (prenons l’exemple d’une installation contenant des orchidées, des fougères et des mousses), il faut tout de même jongler avec de multiples paramètres : luminosité, hygrométrie, arrosage, température, ventilation, etc. Dans notre cas, les orchidées demandent une lumière intense de qualité, mais les mousses et les fougères une lumière plus tamisée, il faut aussi contrôler l’hygrométrie et le flux d’air de façon à ce que les orchidées ne pourrissent pas mais que les mousses et les fougères ne sèchent pas, et enfin un gradient de température correct. Le contrôle simultané de ces paramètres demande un certain doigté et le choix et l’emplacement de chaque plante est aussi décisif. Ajouter des animaux, ce qui n’est pas une finalité en soit, ajoute encore une difficulté supplémentaire puisque le biotope et les paramètres appliqués doivent aussi correspondre aux besoins de ces derniers !

Enfin, la maintenance en captivité d’un animal sauvage implique bien évidemment des considérations éthiques. Il existe bien sûr une législation sur le sujet, mais elle laisse une certaine liberté de mouvement et chacun voit midi à sa porte avec ses animaux. Dans mon cas, je m’applique à respecter un certain nombre de règles car maintenir un animal sauvage n’est pas, et ne devrait pas, être anodin. Tout est discutable, et la terrariophilie est un hobby controversé, mais jamais ma passion pour cette activité ne prendra le pas sur la sauvegarde de la faune et la flore ou le bien-être animal. Voici donc mes quelques règles personnelles :

  • Aucun animal issu de prélèvement en milieu naturel afin de préserver les populations sauvages.
  • Privilégier la maintenance de plusieurs individus d’un nombre restreint d’espèces avec des couples reproducteurs, plutôt qu’un seul individu de nombreuses espèces. Toujours dans le but de privilégier la reproduction en captivité au détriment des prélèvements en milieu naturel.
  • Aucune reproduction n’est envisagée si le devenir des œufs ou des futurs individus n’est pas parfaitement anticipé.
  • Aucune reproduction à outrance pour la recherche de profits.
  • Aucune reproduction des individus trop jeunes ou ayant acquis leur maturité sexuelle récemment.
  • Aucun croisement consanguin admit lors des reproductions. L’origine des individus doit être attesté et la reproduction n’est envisageable que lorsqu’ils sont bien issus de lignées distinctes.
  • Aucune tentative d’hybridation entre espèces proches, sous-espèces ou localités différentes.
  • Aucune tentative de création de nouvelles « phases » ou « patterns ».
  • Toutes les installations sont aménagées de manière naturelle et reproduisent un biotope semblable à celui où vit l’espèce (sauf les terrariums de quarantaine), ce qui exclut les racks et les terrariums « low-tech » / artificiels.
  • Les installations sont préparées et sont cyclées quelques jours à quelques mois avant l’arrivée des animaux afin de vérifier le bon ajustement des paramètres et l’établissement de la microfaune auxiliaire.
  • Dans le cas des reptiles et amphibiens : un seul animal par installation, même si l’espèce peut tolérer la présence d’un congénère (sauf en cas de reproduction ou d’espèces grégaires).
  • Les installations sont surdimensionnées par rapport au minimum acceptable, ce qui signifie maintenir moins d’animaux dans des installations plus spacieuses, que de nombreux animaux dans des installations plus petites (ce qui exclut une nouvelle fois les racks).
  • Aucune manipulation à outrance, seulement lorsque c’est nécessaire et non pas pour le plaisir de l’éleveur.
  • Aucune relâche en milieu naturel.
  • NOËL, Vincent, 2020. La terrariophilie en France : pratiques, préjugés et dérives. ISBN 978-2-9553926-1-4. 
  • NOËL, Vincent, La terrariophilie oui…  Mais pas à n’importe quel prix ! Société Herpétologique de France. 
  • NOËL, Vincent, 2016. Des reptiles ? Quelle horreur ! ISBN 978-2-9553926-0-7.

2 commentaires sur « Ma vision de la terrariophilie »

  1. article très intéressant ! que pensez-vous des premiers lanthanotus importés en captivité alors qu’il y avait une loi les protégeant de l’importation et qu’il avait un programme de conservation in-situ il me semble ? impérialiste sur les bords à mon humble avis et en même temps les zoos auront surement un rôle positif dans leur conservation

    J’aime

    1. Bonjour et merci pour ton message !
      Je n’ai pas connaissance de ce cas en particulier mais il n’est malheureusement pas isolé… Beaucoup d’espèces de reptiles ou amphibiens sont importés plus ou moins illégalement, et même si le but final peut parfois sembler louable (un programme de conservation ex-situ par des zoos par exemple), on marche clairement sur la tête en déplaçant ces animaux. De façon général, la conservation in-situ est toujours à privilégier et la conservation ex-situ n’est qu’un cas particulier qui ne peut se faire qu’en parallèle d’un programme in-situ. Donc si des mesures légales protègent l’espèce sur place, il faut évidemment les respecter. Dans les exemples on peut citer Correlophus ciliatus, dont toute la population captive actuelle ne descend que de 3 imports dont un illégal (voir 2, je ne suis plus sûr). Evidemment on voit tout de suite la controverse pour cette espèce qui est pratiquement éteinte dans son milieu naturel. Même histoire pour la Mata mata, la quasi totalité (voir peut-être la totalité) des spécimens proviennent de trafics/braconnages en Amérique du Sud, ce qui rend leur origine intraçable (gros problème de conservation pour les zoos donc). Un dernier exemple un peu différent mais qui peut te donner matière à réfléchir sur l’aspect captivité/conservation : sachant que actuellement l’axolotl (Ambystoma mexicanum) est en danger critique d’extinction (entre 50 et 1000 individus sauvages) et qu’on le trouve dans toutes les animaleries pour la modique somme de 50€, qu’en penses tu ?

      J’aime

Répondre à Martin Annuler la réponse.