Les terrariophiles particuliers font-ils de la conservation ex-situ ?

Aujourd’hui je voudrais m’exprimer sur un petit point qui me chafouine depuis quelques temps… Je lis beaucoup de terrariophiles (et autres éleveurs en aquario, ornito,…) qui tentent de justifier la captivité de leurs animaux et, immanquablement, l’argument qui sort en premier est celui selon lequel la maintenance et l’élevage de ces espèces non domestiques par des particuliers permettrait de les préserver, et ils participeraient ainsi activement à leur conservation ex-situ. Évidemment, c’est un argument à priori imparable puisque à but louable. De plus, il permet de donner bonne conscience à l’éleveur qui pense sincèrement bien faire. Mais…

Croyez moi bien, je suis terrariophile et c’est bien plus qu’un simple hobby, c’est une véritable passion. Mais non, en tant que terrariophile particulier nous ne participons pas à la conservation des espèces (idem en aquario ou avec des oiseaux), ou si peu.

Je m’explique : la conservation est un maillage complexe de nombreux acteurs dont l’objectif ultime (actuel) est la préservation des milieux in-situ. Malheureusement, la réalité fait que parfois il est impossible de préserver une espèce dans son habitat naturel et il est donc impératif d’envisager des reproductions en captivité pour assurer la survie de l’espèce dans une population de réserve (ex-situ). Ok bon bah c’est cool c’est ce qu’on fait en terrario alors ! Ah bah oui mais non.

Comment fonctionne un programme d’élevage ? L’objectif est le suivant : à partir d’un nombre restreint d’individus (dits fondateurs) on augmente le nombre d’individus par reproductions jusqu’à atteindre une population stable, mais attention : en prenant surtout garde à maximiser la diversité génétique et à minimiser la consanguinité !!! Chaque accouplement est donc minutieusement planifié par un ou plusieurs coordinateurs du programme d’élevage. En gros, il y a un mec ou une poignée de mecs qui choisissent quels individus doivent s’accoupler précisément, combien d’accouplements il doit y avoir etc. Et ils ont une vue d’ensemble sur TOUS les individus captifs de l’espèce qu’ils gèrent ! Et ça, ça ne peut être mis en place que dans des zoos, qui sont des structures suffisamment grandes et organisées pour ce genre de programme, contrairement à nous, terrariophiles particuliers.

Autre point de détail croustillant, mais qui a son importance : quel est le but d’un zoo en tant qu’acteur de la conservation selon vous ? Bien sûr, vous allez me dire que c’est facile, c’est la réintroduction ! Ah, bah non ça aussi c’est faux… Déçu ? J’imagine oui. Le but d’un programme d’élevage est de maintenir une espèce en captivité à un niveau d’individus et de diversité génétique constant (haut de préférence) durant 100 ans ! Donc pas de réintroduction en vue, même si bien sûr, ça n’empêche pas certains zoo de participer à des programmes de réintroduction. Mais vous vous souvenez ? La conservation c’est un maillage complexe, eh bien les programmes d’élevage et la réintroduction sont deux maillons distincts mais pourtant liés ayant tous deux pour objectif la conservation des espèces.

Et nos terrariophiles là dedans ? Et bien à titre particulier nous n’avons aucun moyen de gérer des populations captives en maintenant une diversité génétique suffisante sans faire de consanguinité, et encore moins conserver ces populations stables sur 100 ans (je ne vous parle même pas de réintroduction, ça ferait scandale).

Il existe pourtant de rares exemples où des terrariophiles particuliers ont joué un rôle dans la conservation des espèces. C’est par exemple le cas d’une espèce de triton dont je n’ai plus le nom (si vous avez la réf je suis chaud) qui était endémique d’un lac en Europe, elle y a disparu mais des spécimens étaient élevés par des passionnés et un programme d’élevage a pu être mis en place. On peut aussi noter que certains terrariophiles peuvent être coordinateurs d’un programme d’élevage international (c’est rare mais c’est la classe).

Bref, je ne m’étends pas plus sur le sujet. Tout ce que je veux dire par là c’est que utiliser l’argument de la conservation ex-situ pour justifier la captivité de nos animaux non domestiques n’est pas la solution. Il peut être balayé d’un claquement de doigts et cela ne ferait que nous décrédibiliser d’autant plus, donc heureusement que les membres du mouvement animalistes ne sont pas plus à la page que la majorité des terrariophiles sur ce sujet… Il existe pourtant d’autres moyens de justifier notre passion avec éthique et respect de la vie animale… J’ai mes petites idées, mais si vous êtes chauds et que vous me lisez encore après ce pavé je vous laisse faire vos suggestions en commentaires ! Et si ça vous intéresse, vous pouvez aussi lire cet article pour en savoir plus sur ma façon de voir la terrariophilie.

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